Le RIFI, nouveau Réseau interculturel féministe et intersectionnel, vient de sortir les résultats de son enquête auprès de plus de 200 professionnelles qui accompagnent des femmes migrantes. Un des contats met en évidence combien certaines de ces travailleuses de première ligne vivent en miroir des problèmes socioéconomiques et des discriminations subies par leurs usagères.
Les problèmes vécus par les femmes migrantes se sont complexifiés au fil du temps: précarité, isolement, situation monoparentale, désinsertion professionnelle, discriminations multiples, etc. Le travail d’accompagnement, et ce peu importe le secteur d’intervention, nécessite donc pour les travailleurs et travailleuses de pouvoir prendre en considération la situation particulière des femmes minorisées ainsi que des rapports de pouvoir qui construisent les systèmes d’oppression tels que le sexisme, l’hétérosexisme, le racisme, le colonialisme, le capacitisme, l’âgisme, etc., et marquent leur expérience quotidienne2.
Cette lecture intersectionnelle des diversités a permis de revisiter au cours des dernières années différentes pratiques d’intervention. La recherche réalisée par le Réseau interculturel féministe et intersectionnel (RIFI), composé d’associations et de partenaires académiques3 et soutenue par equal.brussel, s’inscrit dans cette perspective. Elle a pour objectif d’identifier les besoins des professionnels et professionnelles pour accompagner les femmes à l’intersection des oppressions, et particulièrement du racisme, du sexisme et du classisme.
En s’inscrivant à la croisée des mondes associatif, académique et politique, l’étude menée par le RIFI participe à la production de savoirs féministes. En effet, l’expertise de genre émergeant au centre de ce triangle de velours4, organisations féministes, fémocrates, chercheuses, est nécessaire à la mise en œuvre de pratique de la lutte contre les inégalités vécues par les femmes migrantes multivulnérabilisées (vivant des inégalités multiples et croisées liées à l’origine, la situation sociale, la trajectoire migratoire, l’appartenance culturelle et religieuse, etc.).
Les constats de l’enquête permettront de développer, dans la suite du projet, des ressources pratiques et théoriques pour sensibiliser les professionnels et professionnelles à l’imbrication des discriminations et de leur permettre d’acquérir des pratiques inclusives.